En réflexion...

QUAND DES ENFANTS SONT ARRACHES A LA VIE

Rien ne nous touche plus que le malheur qui arrive aux enfants.

Si la tragédie de Sierre a bouleversé tous les cœurs, par-delà toutes les frontières, c’est pour cette raison.

Si rarement la solidarité n’aura été aussi forte, aussi émouvante, aussi unanime, c’est pour cette raison.

La minute de silence qui a immobilisé tout un pays au même moment et dans un recueillement aussi profond en témoigne. Les tensions, les divisions, les rancoeurs tenaces qui opposent Wallons et Flamands depuis si longtemps se sont soudain effacées devant la douleur qui a saisi l’ensemble du peuple belge, un peuple plongé tout entier dans le deuil de ses enfants arrachés à la vie. La Suisse n’a pas été en reste, déployant tous les moyens dont elle disposait pour intervenir et porter son aide sans compter, unie dans un chagrin sans frontières aux parents touchés par ce drame.

Partout où la souffrance meurtrit, blesse et tue, c’est l’échec infligé à la vie. Nous ne supportons pas cette injustice. Et Dieu sait combien nous sommes hélas chaque jour témoins de cruelles souffrances endurées sous tant de latitudes. Il suffit de songer à celles qui frappent quotidiennement le peuple syrien, martyr d’un régime abominable et sans pitié. Mais quand il s’agit des enfants qui souffrent et meurent là-bas ou chez nous, nous sommes plus que jamais sensibles et concernés. Et nous réalisons que rien en effet ne nous touche plus que le malheur qui arrive aux enfants. Non pas que nous minimisions tout ce qui peut frapper les adultes, mais il se trouve que les enfants sont porteurs de puissants symboles.

Les enfants n’incarnent-ils pas d’abord les promesses de la vie ? Quand l’enfant paraît, ne sommes-nous pas devant cette formidable évidence : il n’y a pas de bien plus précieux que tout ce qu’il représente. Il n’y a pas non plus de plus puissantes espérances que celles que l’enfant soulève. Les parents que nous sommes le savent bien, avec tout l’amour et les sacrifices que nous sommes prêts à faire pour son bien. Raison pour laquelle, quand le malheur nous enlève nos enfants, nous vivons une épreuve sans nom.  Mais n’oublions pas pour autant que dans un monde où tant de valeurs sont bafouées et niées, l’enfant est le lieu d’une valeur unique et irremplaçable. C’est cette valeur d’abord qui est porteuse de sens et qui devrait nous motiver à toujours la défendre et la promouvoir.

L’enfant n’incarne pas seulement les promesses de la vie. Il est aussi le symbole par excellence de l’innocence et de la fragilité. Parce qu’il est fragile, il nous rend responsables de sa protection nécessaire. Parce qu’il est innocent, il nous appelle à le préserver du mal, ce qui veut dire qu’il nous oblige à devenir bons. Etonnant pouvoir des enfants ! Quoi qu’il en soit du malheur qui peut les frapper, ce malheur lui-même peut nous faire prendre conscience des éminentes valeurs qu’ils incarnent et que nous oublions trop souvent d’honorer. Puisse donc la douleur indicible qui a frappé tant de cœurs après la tragédie de Sierre faire place à cette prise de conscience : les enfants sont notre avenir et rien ne devrait mieux nous motiver que de nous en préoccuper sans compter.

François Gachoud

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