En réflexion...

VIOLENCE EN MUTATION

Il n’est pas de semaine sans que la violence n’éclate un peu partout sous des latitudes différentes : violences en Syrie, en Norvège, dans la plupart des villes de Grande-Bretagne, pour ne citer que les plus visibles, les plus médiatisées, surtout les plus extrêmes. Alors on s’interroge et l’on ne sait plus trop que penser. Qu’y a-t-il de commun entre la tuerie planifiée du fanatique Breivic assassinant froidement de jeunes norvégiens innocents, l’écrasement sans pitié, par le régime syrien, de son propre peuple et la frénésie destructrice des émeutiers des villes anglaises ? A part le caractère imprévisible, brutal et dévastateur de ces violences, pas grand-chose. Parce que les contextes sont différents : contextes politiques, sociaux, culturels, économiques. Parce que les causes et les buts diffèrent. Parce que les formes que prennent ces expressions de violence se nourrissent de modèles également différents.

Ce qu’il convient d’éviter, c’est le jugement simpliste qui consiste à se contenter de dire qu’il y a toujours eu des violences et qu’elle fait partie de la marche des sociétés. Ce jugement, s’il est vrai, n’explique rien. Gardons-nous au moins de cette forme de fatalisme qui nous pousserait à croire que, de toutes façons, la violence est inévitable. A l’opposé, il ne suffit pas de condamner la violence en vrac sans se pencher sur les causes et les remèdes appropriés à chaque situation.

Faute d’espace, je me limiterai à deux considérations, l’une historique, la seconde touchant les émeutes en Grande-Bretagne. Je crois d’abord qu’il est devenu impératif de lutter contre toutes les formes de violences au nom de la justice et des droits de l’homme, dont le troisième droit, après la liberté et l’égalité, est celui de la sécurité pour tous les citoyens d’un pays. Il fut un temps où les théoriciens justifiaient la violence comme une nécessité historique. La violence devenait bénéfique du moment qu’elle apparaissait comme le moyen privilégié d’un progrès ou d’une soit-disant justice prêchée par des pouvoirs en place. Combien de régimes dictatoriaux ont ainsi légitimé la violence au prix de la torture, d’hécatombes et de crimes sans nom ? Nazisme, communisme et autres formes de fascismes ont pratiqué la violence sans restriction en sacrifiant des millions de victimes.

Concernant les émeutes en Grande-Bretagne, elles ont surpris tout le monde et démontré une frénésie de destruction sans pareil. Comment expliquer un tel déchaînement ? Ce qui frappe en ce cas, c’est qu’il y a passage à l’acte immédiat, sans aucun programme établi, sans réflexion préalable sur des buts censés. Cette violence ne semble avoir d’autre cause qu’une déclaration de haine pure, de volonté de casser, de piller, sans aucune considération pour les personnes lésées par ces destructions. On peut certes invoquer le manque d’espace d’expression pour les jeunes, la malaise social, la précarité, la réduction des programmes sociaux, le chômage, mais ces facteurs, s’ils sont liés, n’expliquent pas tout. Il y a, sous-jacentes à ces facteurs, une véritable glorification de la violence pour la violence et une absence totale de respect pour toutes les formes d’autorité. Le mal est profond et les mesures prises par le gouvernement britannique, si elles sont nécessaires, ne changeront pas cette mentalité. Il faudra, plus profondément, réduire des inégalités et la précarité, travailler sur des programmes sociaux, réformer l’éducation, freiner la course au profit de classes privilégiées. C’est peut-être à ce prix-là que renaîtra le sens de la dignité, le goût au travail, au mérite, au partage. Une chose est sûre : ce sera une entreprise de longue haleine.

François Gachoud

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