En réflexion...

SOMMES-NOUS HYPERCONNECTES ?

Le Net est-il en train de mettre notre cerveau en état d’addiction ? Pas moyen pour certains de commencer leur journée sans relever des mails, pressés qu’ils sont d’y répondre illico. Souvent les mêmes s’empressent d’aller voir aussi sur Facebook où ils collectionnent des centaines d’ « amis » pour savoir qui les a sollicités : il faut leur faire signe ! Et puis, ne pas oublier de surveiller en même temps son smartphone partout où l’on se déplace sinon…c’est l’angoisse ! Et gare à la panne qui nous couperait du monde – ô drame ! – gare au désarroi pour ceux qui sont partis trois jours sans pouvoir trouver une connexion wi-fi. J’exagère ? Pas sûr. « Quand je suis déconnecté, je suis en manque. Je pense à tout ce que je rate » s’exclame un voisin. Un autre : « Mon esprit a faim. J’ai besoin d’être nourri par le Net. Et plus je le suis, plus j’ai faim. » Force est de constater que l’exercice constant des moyens électroniques nous conditionne bien plus que nous l’imaginons. Car à force d’être hyperconnectés, notre cerveau exige des stimulants toujours plus forts et plus fréquents. La dépendance s’accroît. Cercle vicieux connu.

Mais ce n’est pas tout. Que devient la mémoire ? Sa mise à l’écart semble programmée. Quand le fondateur de Google, Larry Page, déclare : « Le cerveau humain est un ordinateur obsolète qui a besoin d’un processeur plus rapide et d’une mémoire plus tendue », il formule ni plus ni moins que notre cerveau est dépassé. La mémoire Google remplace l’exercice de la vôtre ! Car si vous ne vous souvenez plus d’un événement historique, d’une donnée chimique, d’un personnage d’une pièce ou de l’auteur d’une chanson, le dieu Google est là !

On peut soutenir que c’est utile et même fascinant. Mais si l’on peut tout stocker dans une mémoire d’ordinateur, y compris nos photos, nos mails, nos souvenirs et des pans entiers de notre vie, que reste-t-il à notre mémoire désormais confiée à une machine ? C’est oublier que si notre mémoire immédiate et simultanée ne peut tout retenir, ce qui est vrai, notre mémoire profonde, celle qui structure l’histoire de notre personnalité et les événements qui nous marquent, ne saurait être déléguée à une machine. Celle-ci est toujours extérieure à nous, ne l’oublions pas. Et puis, une mémoire qui devient trop paresseuse, une mémoire qui ne s’exerce pas périclite. La bonne vieille table de multiplication, la liste des prépositions et autres conjonctions avait du bon. Savoir par cœur un beau poème, les paroles et la mélodie d’une chanson qui parle à l’âme, c’est toujours exaltant, non ?

Il est vrai que tout est question d’équilibre et de mesure. Si se concentrer devient de plus en plus difficile, si notre mémoire ne s’exerce plus assez, si l’addiction de l’hyperconnexion menace, eh bien débranchons, ralentissons ! Et sachons passer un heureux dimanche, prendre des vacances sans twitter, sans smartphone, sans mails et sans wi-fi. Vous savez pourquoi ? Pour faire enfin l’expérience d’un esprit libre !

François Gachoud

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