En réflexion...

ROUSSEAU PLUS ACTUEL QUE JAMAIS

Lorsque le 28 juin 1712 un certain Jean-Jacques Rousseau vit le jour à Genève, le cité de Calvin était loin de pouvoir se douter qu’un écrivain et philosophe de génie allait marquer d’une empreinte durable les siècles qui suivirent. Célébrer le 300 ans de cette naissance n’est de loin pas une commémoration formelle. C’est le moment privilégié de reconnaître et saluer ce que Rousseau a apporté à la culture : un héritage unique à l’évocation duquel ce bref hommage ne saurait bien entendu pas suffire. Trois piliers sont fondateurs de cet héritage.

Rousseau est d’abord le penseur de l’égalité. Il est le tout premier à légitimer le peuple comme seul « Souverain ». Le Contrat social n’annonçait en effet pas seulement le grand bouleversement de la Révolution française et républicaine. Il jetait les bases solidement argumentées des principes de la démocratie directe. Il proclamait que la terre est à tous et que l’égalité doit être conçue au sens universel. Elle est une donnée originaire et indépassable de toute société juste. Ce qui postule un travail sans relâche si l’on veut bannir les inégalités entre les hommes. A l’heure où celles-ci s’accroissent dans beaucoup de pays du monde et à hauteur de disproportions salariales devenues insupportables, le message de Rousseau n’a pas pris une ride.

Ensuite, Rousseau est le premier à avoir osé critiquer sciences et techniques au nom de la défense de la nature. Il fut le seul, en plein siècle des Lumières, à avoir dénoncé le mythe d’un progrès aveugle et indéfini en un temps où l’on prônait que sciences et techniques suffisaient à garantir le bonheur de l’humanité future. En ces temps où nous sommes en passe d’épuiser les ressources de la planète et de créer un déséqulibre irréversible de notre environnement, son message courageux et lucide fait de lui un visionnaire qui déjà se méfiait des ambitions démesurées qui proclament que tout est exploitable et ne jurent que par le culte du profit.

Enfin, à l’époque d’un rationalisme triomphant, il fut le seul à avoir, dans la foulée de Pascal, réhabilité les droits et l’importance primordiale du cœur. Il a bien compris que plus de connaissances rationnelles ne rendent pas l’homme à coup sûr plus humain ni plus solidaire. Elles n’empêchent pas la barbarie ni les dérives des pouvoirs qui asservissent. Le cœur est, selon Rousseau, non sulement le siège des sentiments, mais le lieu où parle la voix de la conscience morale. L’âme des droits de l’homme y trouve ses fondements. Rousseau en a entrevu les principes jusqu’à ceux de l’éducation et des droits des enfants. Quand on lit L’Emile ou La Nouvelle Héloïse, on perçoit en transparence les avancées futures de cette vison-là.

Qu’on me permette de suggérer encore ici la lecture de deux œuvres littéraires uniques en leur genre et qui traduisent l’extraordinaire polyvalence du génie de Rousseau : Les Confessions, pour l’exploration de sa biographie intérieure et surtout ce texte inégalable de méditation poétique que sont Les Rêveries du promeneur solitaire.

2012 ne doit pas être une année vouée au culte d’un grand homme qui ne fut d’ailleurs pas exempt d’erreurs ni de défauts. Elle nous invite plutôt à une traversée sur les questions de fond qui nous interpellent encore après lui et peut-être plus que jamais.

François Gachoud

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