En réflexion...

NELSON MANDELA VISIONNAIRE ET LIBERATEUR INSPIRE

Nelson Mandela, dont l’œuvre et la stature hors norme ont été unanimement saluées dans le monde entier, est entré dans l’histoire. De son vivant déjà, la dimension humaine qui le caractérisait avait fait de ce libérateur politique une icône exemplaire. Qu’est-ce qui explique une telle reconnaissance planétaire ?

Un bref regard sur ses jeunes années nous laisse entrevoir quelles vertus humaines essentielles vont forger son âme. Eloigné dès son enfance des injustices et humiliations de sa race, il découvrit que, sans le respect de la dignité inhérente à l’humanité de tout homme, aucune société n’échappe à la violence. Mais si la non-violence est un principe qu’il adopta à l’exemple de Gandhi qui réussit à gagner l’indépendance de l’Inde par cette voie difficile, il comprit également que, dans le contexte impitoyable de l’apartheid qui réprima dans le sang des manifestations pacifiques, une lutte d’égal à égal qui n’exclut pas le recours à une violence ciblée était aussi nécessaire. Il travailla donc à fortifier son âme par la vertu du courage.

Mais le courage ne suffisait pas à ses yeux. Il devait être nourri par une autre vertu: la confiance inébranlable en la bonté qui habite le cœur de tout homme, fût-il son ennemi. C’est cette conviction très rare qui rendit sans doute possible la réussite postérieure de la mission qu’il s’était donnée : libérer son peuple de l’injustice, conquérir l’égalité, mais sans verser dans l’idée d’une vengeance sur les Blancs qui aurait à coup sûr consacré l’échec de la réconciliation qu’il visait. Cette option impliquant la difficile vertu du pardon conféra à Mandela le pouvoir d’un rayonnement humain incomparable.

Il convient aussi d’éclairer l’événement majeur de son très long séjour en prison. Comment expliquer en effet que, durant 27 ans, il put garder le cap qu’il s’était fixé sans faillir ? Cela n’aurait pas été possible s’il n’avait cultivé chaque jour la persévérance, cette autre vertu par laquelle il a choisi de fortifier sa vie intérieure. Il voulait être prêt à servir un jour son peuple avec les qualités nécessaires à garantir la réconciliation entre Noirs et Blancs dans la dignité, l’équité et la paix. Ces vertus-là, c’est en prison qu’il les a forgées. Comme l’a dit son biographe Richard Stengel : « Mandela a eu de nombreux professeurs, mais le plus grand a été la prison ». C’est en prison aussi qu’il a su acquérir ce qui fut peut-être sa vertu la plus paradoxale. Le président Obama l’a bien souligné dans son hommage en parlant de « sa volonté inébranlable de sacrifier sa propre liberté pour la liberté des autres ». C’est surtout cette détermination-là qui lui a permis ensuite de transformer l’Afrique du Sud.

Mais une fois libéré en 1990, il fallait concrétiser l’œuvre de transformation. Et c’est là qu’on put constater la dimension de son intelligence politique : un sens de la négociation patiente, mesurée, mais très ferme, au nom de l’ANC, avec Frédérik de Clerk alors président. Parallèlement, à ceux de son parti qui le trouvaient trop mou, il sut faire montre d’un sens pédagogique hors pair. Et une fois au pouvoir, Mandela surprit à nouveau : il mit sur pied des « Commisions de vérité et réconciliation » (CVR) en lieu et place de tribunaux. Ce fut une idée lumineuse car, comme l’a souligné Paul Grossrieder (« La Gruyère » du 9 déc.), « la fonction du CVR était de révéler au grand public la vérité sur les horreurs commises envers les Noirs par les Blancs sans pour autant déclencher l’incontrôlable et infernale spirale de la haine ». Ainsi fut fait et une fois fondée la République sud-africaine postapartheid, Mandela décida de quitter volontairement le pouvoir en 1999 pour passer le flambeau à son vice-président Thabo Mbeki. Ce fut, là encore, un trait de sagesse révélateur comme si, son œuvre désormais accomplie, il estimait nécessaire de s’effacer.

La grandeur de cet homme qui a marqué l’histoire tient bien évidemment à la portée de ses actes politiques, mais ceux-ci n’auraient pas produit de tels fruits sans la dimension des vertus rares qui habitaient son âme et son coeur.

François Gachoud

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