En réflexion...

L’IRRESISTIBLE AURA DU DALAI-LAMA

Le rayonnement contagieux qui émane de Tenzin Gyatso, quatorzième dalaï-lama, se confirme. L’engouement qu’il suscite par sa venue en Suisse est sans précédent : 12.000 personnes se sont précipitées à la patinoire de Malley pour entendre son enseignement sur le bonheur et la paix.

Plusieurs facteurs expliquent l’irrésistible attirance des foules pour le sage. A commencer par sa sagesse elle-même. Tenzin Gyatso n’est pas seulement le porte-parole d’une religion ou d’une philosophie. C’est quelqu’un qui incarne bien plus qu’un savoir, en fait un style de vie en accord avec des qualités humaines qu’il met en pratique de manière exemplaire : qui ne voit qu’en sa personne respirent ces nobles vertus qui ont pour nom bienveillance, respect, compassion, bonté, sérénité, non-violence, humilité, simplicité, droiture, authenticité, bon sens et pondération, finesse d’esprit, humour et peut-être surtout la chaleur de son sourire qui rend très visible le paisible bonheur qui l’habite intérieurement. C’est sans doute ce rare ensemble de qualités morales qui, parce qu’elles sont vécues et équilibrées, font de lui un sage. Une sagesse qui se nourrit quotidiennement de trois heures de méditation aux aurores. On ne devient sage que par l’exercice fidèle et continu d’une pratique effective.

La hauteur spirituelle qui anime le sage est donc ce qui explique avant tout autre motif son aura exceptionnelle. Comme quoi ce qui attire les gens, c’est moins l’étiquette de telle ou telle appartenance religieuse que le caractère authentique du témoin qui vit ce qu’il croit. Notre époque, si elle a pris des distances manifestes avec des institutions religieuses, en Occident en tout cas, n’a pas perdu le sens du spirituel. Elle conserve même d’autant plus le besoin de croire en ces valeurs-là qu’elles n’apparaissent plus guère au grand jour. Etonnant paradoxe !

Le succès du dalaï-lama et du bouddhisme tient également au fait que cette religion est en même temps une philosophie. Et qui dit philosophie dit aussi absence de dogmes, c’est-à-dire de vérités à croire qu’on imposerait d’autorité. Parce que la conception bouddhiste n’est ni dogmatique, ni prosélyte, elle plaît. Mais il ne faut pas s’y tromper : la voie du bouddhisme est difficile, autant au sens de sa compréhension philosophique qu’au sens des hautes qualités humaines qu’elle postule. Sur la voie de l’éveil, il faut apprendre le caractère ardu du détachement de soi et de ses désirs, le but suprême étant de se délivrer de toute souffrance et des réincarnations successives. Ceux qui ont suivi les enseignements du dalaï-lama en auront peut-être été étonnés.

Tenzin Gyatso a certes toujours prêché l’ouverture et la tolérance auxquelles nous sommes si sensibles aujourd’hui, mais aussi la fidélité à sa propre religion. Il a souvent rappelé aux chrétiens qu’ils sont appelés à approfondir et surtout à vivre l’idéal de l’Evangile du Christ plutôt que de changer leurs convictions au nom du simple goût à la mode pour les conceptions orientales.

Enfin, le dalaï-lama est aussi le chef politique d’une ethnie et d’une culture persécutées dont nous pouvons mesurer l’impitoyable et lent génocide. Pas étonnant donc qu’il reçoive notre soutien, un soutien qu’il nous faut poursuivre au nom des droits humains bafoués par le pouvoir chinois. C’est la meilleure manière de le remercier pour le témoignage de sagesse qu’il nous prodigue.

François Gachoud

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