En réflexion...

QUAND UN PERE TUE SES ENFANTS

Il y a des drames qu’on juge impensables. Ils déconcertent totalement et nous bouleversent sans exception. Comment est-il possible qu’un père qu’on dit paisible, discret, attentionné, tout sauf violent, en vienne à commettre le pire en tuant ses propres filles ? Comment peut-on en arriver là ? Pourquoi ? Questions légitimes bien sûr. Mais où est la réponse ? Il y a une telle disproportion entre l’injonction de la compagne de cet homme qui lui demande de quitter le domicile après dispute, et la gravité, l’énormité de  l’acte commis, qu’il paraît impossible d’en expliquer les raisons. Et pourtant. Cet acte tragique n’est plus isolé. On se souvient évidemment de cet autre père qui, voici quelques mois, enleva ses deux filles, les fit disparaître avant de se donner la mort. Scénario identique à quelques nuances près.

De tels actes vont-ils se répéter, prendre de l’ampleur ? Ils posent un tel problème de société qu’il est nécessaire de chercher des réponses, du moins d’avancer des hypothèses. En voici quelques-unes. Elles n’expliquent pas tout. Puissent-elles du moins ouvrir des pistes.

  1. 1.   La frustration. Nous vivons aujourd’hui dans une société qui ne l’accepte plus ou si peu. Savoir renoncer, savoir se priver, accepter des échecs, savoir gérer les conflits et les épreuves qui font partie de la vie, ne va plus de soi.
  2. 2.   L’immaturité. Son signe le plus évident, y compris chez les adultes, est la réaction immédiate, purement pulsionnelle. Ce père n’a pas supporté d’être frustré. On ne lui enlevait pas ses enfants, mais il a réagi comme si. Perte complète de maîtrise. La situation était pourtant gérable. Le problème du comportement purement pulsionnel, émotionnel, c’est qu’il rend aveugle et engendre inévitablement une violence incontrôlée.
  3. 3.   Cette violence est complètement disproportionnée, mais elle s’explique : « Tu veux me priver de mes enfants. C’est intolérable. Je vais t’en priver à mon tour. » Vengeance et loi du talion. Et il tue.
  4. 4.   Mais il tue ses propres enfants. Ces enfants qui sont pourtant son bien le plus précieux. Comment peut-on porter atteinte à la vie de ses enfants alors qu’on les aime ? C’est complètement insensé. Et pourtant il les supprime. Explication ?
  5. 5.   La seule qui paraît plausible, c’est que la vexation subie, celle que lui impose sa compagne, ne lui paraît pas supportable. Orgueil masculin blessé ! Et cet orgueil l’emporte aveuglément sur l’amour et la valeur de ses enfants : « Ma compagne veut m’en priver. Je n’accepte pas. »
  6. 6.   Il est désormais (du moins chez nous !) révolu le temps où les femmes étaient soumises inconditionnellement à leur mari. Elles se sont émancipées, elles ont conquis leurs droits, elles veulent être reconnues, elles sont l’égale de leur mari ou compagnon. Ce n’est que justice bien entendu. Mais combien d’hommes vexés dans leur orgueil ne l’acceptent pas : ressentiment, machisme invétéré, violence conjugale !
  7. 7.   Le comble dans ce genre de tragédie : ce père ne réalise qu’après coup l’horreur de son acte : il est irréparable ! Alors sa folie meurtrière aveugle s’effondre. Il réalise mais ne supporte pas. Il ne voit donc pas d’autre issue que de se faire justice en se suicidant.

Ce genre de cas risque hélas de se reproduire et pose un problème de société considérable comme la violence gratuite déjà si répandue. Quelles réponses envisager ? Ce sera d’autant plus difficile que nous sommes là devant la nature de mécanismes souterrains, inconscients aux acteurs eux-mêmes. Mais ils sont là ces mécanismes. Ils travaillent en profondeur les structures mêmes du fonctionnement de la société. Nous devons en prendre conscience et chercher des réponses possibles, fussent-elles difficiles à trouver.

François Gachoud

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