En réflexion...

FEUILLETON MACABRE

L’entrée dans la mort est une chose trop grave pour la laisser aux mains de Dignitas ou d’Exit qui en monopolisent l’enjeu. Comme si désormais le suicide assisté en venait, au travers de ses revendications entêtées, à masquer l’horizon des autres formes d’accompagnement des personnes en fin de vie. Depuis des semaines, le feuilleton macabre se poursuit, à grand renfort d’échos médiatiques qui lui donnent un relief disproportionné. Non ! Le « droit de mourir dans la dignité » n’est pas l’apanage des organisations d’aide au suicide. Et cette manière de revendication finit par tuer le sens de la vie.

Il est bien là l’enjeu : à force de jeter le feu des projecteurs sur la mort, on ne voit plus la grandeur de la vie, ses valeurs, sa beauté. Et surtout sa gratuité. Car la vie nous a été donnée. Elle nous a été offerte comme le don le plus incommensurable qui soit. Et quelles que soient les convictions de chacun sur l’au-delà, cette vie que nous avons bâtie au cours de notre histoire personnelle, cette vie a un prix inestimable, celui qui fonde notre dignité. Notre dignité, c’est avant tout ce droit inaliénable de donner valeur à la vie que nous avons reçue et à la faire fructifier pour nous-même et pour les autres.

Or, ce qui est en train de germer dans la tête de beaucoup de gens, c’est que l’assistance au suicide va de soi. Eh bien non ! Cette évolution-là est plutôt un signe inquiétant. Le signe que la joie de vivre, la volonté de vivre, le courage de vivre ses épreuves et finalement d’accepter la mort, la remise de soi confiante dans les mains de nos proches et des accompagnant(e)s de fin de vie qui sont là pour nous soutenir de leur écoute, de leur tendresse, de leur compassion ( je pense bien sûr au soutien immense des soins palliatifs), que toutes ces valeurs-là sont en passe de refluer et de s’effacer. Au profit de quoi ? D’un avenir sombre et macabre, où le suicide occupe soudain la place comme une évidence.

Loin de moi l’idée de nier le droit de chacun à l’autodétermination, y compris le suicide, encore moins de juger les personnes qui choisissent cette issue. Mais pourquoi veulent-ils mourir ainsi ? Parce que la plupart du temps, ils sont seuls, souffrent et sont désespérés. Ce qui fait problème en réalité, c’est que l’aide au suicide confirme cette vision désespérée de la vie. La réaction  des personnes et des communes qui, en Suisse alémanique, ont refusé d’accueillir le tourisme de la mort proposé par Dignitas, est une réaction saine. La réaction d’un ras-le-bol devant ce qui, au nom du droit de mourir soit-disant dans la dignité, est devenu indignité.

La majorité des pays européens interdisent l’aide au suicide. Pour de bonnes raisons, dont la défense de notre dignité contre ce qui en menace les fondements. Et parmi ceux-ci, l’incommensurable valeur de la vie. En tolérant le suicide assisté, ici revendiqué à outrance par les organisations que l’on sait, la Suisse ferait bien d’en mesurer les conséquences, surtout à long terme. Car l’un des pires malheurs qui pourrait arriver à nos enfants et aux générations futures, c’est bien la perte du sens de la vie et de ses dons.

François Gachoud

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