En réflexion...

CHRETIENS ET MUSULMANS, QUEL DIALOGUE ?

Semaine interreligieuse. L’heure est à l’appel au dialogue interreligieux en Gruyère. Une exposition sur les grandes religions du monde est actuellement ouverte au public jusqu’au 14 novembre au CO de Bulle après avoir connu un beau succès ailleurs. Et la semaine des religions qui se déroulera du 5 au 11 novembre donnera l’occasion au Groupement interreligieux de la Gruyère d’organiser le lundi 5 novembre une discussion-débat sur les enjeux qui concernent les croyants de religions différentes mais aussi les non-croyants intéressés. Ce débat, conduit par le journaliste Raphaël Pasquier, aura lieu au CO du lieu à 20h., précédé d’une visite commentée de l’exposition mentionnée à 19h.

Le contexte violent dans lequel tensions et drames de plus en plus problématiques ont eu lieu dans la relation entre l’Islam et l’Occident devrait faire réfléchir et inciter surtout musulmans et chrétiens qui vivent ici à en parler à cette occasion. On ne peut ignorer une escalade récente et considérable de la violence due aux mouvements islamistes radicaux. Violence extrême qui a causé la mort suite au filmL’innocence des musulmans, mais aussi après les caricatures visant le prophète. Par ailleurs et plus profondément, dans les trois pays du Maghreb où la révolte des peuples a jeté bas les dictateurs – Tunisie, Egypte et Libye – les islamistes ont confisqué ou cherché à confisquer les conquêtes des militants de la liberté qui voulaient instaurer de véritables démocraties garantissant les droits de l’homme sans dépendre d’une mainmise religieuse du pouvoir. On constate parallèlement que dans ces pays, mais aussi en Irak, au Pakistan et au Nigéria par exemple, des milliers de chrétiens sont menacés, parfois persécutés et fuient leur pays en masse.

Tout ceci est grave et constitue pour les musulmans et les chrétiens de chez nous une invitation pressante à ne pas dialoguer sans tenir compte de cette situation. Il faut chercher résolument ensemble le démarquage de toute forme de violence réciproque, en envisageant aussi des formes d’actions et d’engagements communs possibles. L’immense majorité des musulmans de Suisse ne sont ni violents ni prosélytes. Ils vivent dans le respect de nos lois et coutumes. Mais ils ne peuvent pas ignorer la souffrance de milliers de chrétiens chassés et dont le sort est parfaitement injuste. Ils n’ont pas à s’en sentir responsables et coupables, mais ils sont invités à témoigner aux chrétiens une franche et réelle solidarité. Quant aux chrétiens, ils n’ont, ici en Suisse, pas de raison fondée de se sentir menacés et conquis, ni d’afficher rejet ou mépris à l’égard de musulmans pacifistes et bien intégrés. Plus que jamais sans doute le dialogue entre chrétiens et musulmans doit se renforcer pour conjurer la peur, corriger les préjugés et éloigner le spectre du choc des civilisations. C’est non seulement possible, mais à mettre en acte.

La finalité première d’un dialogue efficace et porteur de changements pour toutes les religions devrait être, au-delà du respect des droits et de la tolérance, le choix résolu de la non-violence. Jésus, Bouddha, Gandhi ont donné l’exemple. Leurs propres traditions historiques ont parfois gravement trahi cet idéal. Il faut aujourd’hui s’atteler à le retrouver et à le promouvoir plus que jamais. Chemin difficile et long sans doute, mais c’est à ce prix seulement que le dialogue interreligieux portera de véritables fruits.

François Gachoud

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