En réflexion...

LA MERE-MACHINE, C’EST POUR DEMAIN !

Cela prendra encore du temps, peut-être encore quelques décennies, mais ce siècle à peine commencé connaîtra sans doute un jour une révolution sans précédent : la production de l’utérus artificiel ou ectogenèse. C’est-à-dire la gestation des enfants hors du corps de la mère. En publiant le livre qui l’annonce (1), le biologiste et philosophe Henri Atlan estime que la mécanisation de la gestation humaine va quitter le champ du possible pour entrer dans celui du probable. La mère-machine pourrait remplacer la mère vivante ! Rien moins. L’enfant issu d’une fabrication d’outils de remplacement au lieu de l’enfant offert par l’invention de la vie et de l’amour !

Cette perspective est tellement renversante que sa possibilité même nous saisit de vertige et nous pose cette question capitale : qu’adviendra-t-il de l’humain le jour où il ne sera même plus engendré par de l’humain ? Réifié, le corps de la femme ! Dépossédée de sa faculté d’accueillir la vie et de la développer au plus intime de sa chair, la mère sera, dès la conception de l’ovule, elle-même parfois fécondée in vitro, vidée de sa substance matricielle, dissociée, séparée de son enfant devenu un produit comme un autre sur le marché de la technologie.

L’enjeu est beaucoup plus considérable qu’on ne pense. On assiste déjà depuis des années à la séparation entre procréation et sexualité, on crée des embryons en-dehors des voies génitales et l’on manipule des cellules souches. Or, voici qu’on se prépare à changer la nature même de la fonction maternelle. Ce qui pose cette autre question : la mère-machine sera-t-elle encore une mère et quelle relation aura-t-elle avec son enfant le jour où ce dernier ne sera plus du tout porté par elle ?

Oh je sais et entends déjà d’ici la voix du discours féministe à outrance : voici enfin l’avènement de la femme complètement libérée ! On peut faire des enfants sans grossesse ! Finie la douleur d’enfanter ! Ce sera sans nul doute l’argument, l’argument jugé irréfutable qu’on nous servira. Et le cortège des femmes convaincues par cette apparente délivrance prendra de l’ampleur. Au point qu’un jour peut-être il se trouvera d’autres femmes habitées d’un nouveau complexe : celui de se sentir coupables de porter elles-mêmes leur enfant.

Allons plus profond. Et interrogeons-nous sur le sens même de cette « science de la vie » qu’on a appelée biologie. Atlan concède nettement qu’au 20ème siècle cette science a fini par devenir matérialiste. Pour les chercheurs, la notion de « vie », avec tout le mystère et le respect qu’elle implique et recouvre, a disparu. Au profit de quoi ? De la seule analyse d’un fonctionnement : les molécules étant semblables à de petites machines physico-chimiques bicolables, pourquoi ne pas les traiter comme de simples outils ? Et voilà qu’apparaît cet immense paradoxe : les sciences de la vie ne s’occupent plus de la vie, elles s’occupent en fait du corps comme simple agent d’instrumentation possible. Raison pour laquelle on finira par produire des mères-machines. Et tuer finalement le sens même de la vie.

J’en appelle déjà maintenant à toutes les mères porteuses de vie. En les invitant à se préparer à cette échéance hélas hautement probable : qu’adviendra-t-il de vous comme mères, mais aussi comme femmes, lorsque la science permettra à l’enfant, fruit de vos entrailles et chair de votre chair, de ne plus avoir aucun lien avec vous quant à sa gestation ? Accepterez-vous cet abandon au profit du seul égoïsme de votre fausse liberté ?

François Gachoud

(1) Henri Atlan : L’Utérus artificiel , Ed. Seuil

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