En réflexion...

L’EPIGENETIQUE CHANGERA-T-ELLE NOS VIES?

L’EPIGENETIQUE CHANGERA-T-ELLE NOS VIES ?

 

Ecrivain et scientifique à succès, Joël de Rosnay ne nous propose rien de moins que le bonheur accessible par la science. Son dernier livre « La Symphonie du vivant » (Ed. Les Liens qui libèrent) est un exposé séduisant nous expliquant « Comment l’épigénétique va changer votre vie ». Si l’auteur n’était pas un scientifique reconnu, on se méfierait de ce sous-titre en forme de recette qu’il suffit d’appliquer comme on le fait d’un menu. Mais voyons de quoi il s’agit et suivons un bref moment ce guide qui est aussi un pédagogue avisé.

 

Nous savons que toutes nos cellules renferment les mêmes gènes dans leur noyau. Mais pourquoi celles du foie par exemple et celles des reins ne sont pas identiques et ne remplissent pas les mêmes fonctions ? Parce qu’il existe un code qui se trouve « au-dessus du code génétique » et ce code-là produit un mécanisme qui modifie la fonction des gènes sans les altérer. On l’appelle « épigénétique » et les modifications qu’il produit peuvent être provoquées par des facteurs qui ne dépendent pas de nous comme le rayonnement solaire mais aussi par des facteurs qui dépendent de notre comportement et de notre mode de vie. Conclusion jugée capitale par Joël de Rosnay : le déterminisme darwinien qui veut que l’avenir soit toujours inscrit dans nos gènes sans que nous y soyons pour rien est dépassé. Car nos propres comportements, nos émotions et nos pensées peuvent désormais modifier la mécanique génétique. Nous voilà dotés d’un pouvoir qui nous permet d’être les coauteurs de notre qualité de vie.

 

Joël de Rosnay nous propose cinq « clés » grâce auxquelles nous allons pouvoir influencer le cours de nos vies. Ce sera par la gestion de notre santé : l’alimentation, l’exercice physique, le contrôle du stress, la recherche du plaisir et l’harmonie de nos relations familiales et sociales. C’est concret et très séduisant, d’autant plus qu’une bonne gestion de ces facteurs va être transmise à nos descendants. N’est-ce pas là un précieux cadeau que nous n’allons pas manquer de leur faire ? Certes. Mais si nous sommes libérés du déterminisme darwinien concernant tout ce qui est inné, nous voilà chargés d’une lourde responsabilité ! C’est là que tout se joue, mais c’est aussi là que la thèse de l’auteur prend l’eau. Pourquoi ? Parce que si nous agissons mal en devenant alcoolique, fumeur, drogué ou dépendant d’une autre addiction, nous allons transmettre cet héritage à nos chers petits. La faute retombera donc sur notre progéniture imposant par là un fâcheux déterminisme dû au mauvais usage de notre liberté responsable. Tel est le paradoxe et tel est l’enjeu !

 

Joël de Rosnay est un homme résolument positif mais naïvement généreux.  Car il ne mesure pas les conséquences problématiques de son projet. Il est en effet naïf de croire dur comme fer que nous allons construire à coup sûr une nouvelle médecine en pensant que nous allons toujours l’appliquer dans le respect du bien. Selon cette médecine dite « prédictive, préventive, personnalisée, participative » il y aurait un ADN sociétal capable d’établir une démocratie participative où nous ferions tous de bons choix dans la gestion de notre santé. Son programme précise même cette proposition dont les lecteurs mesureront aisément les conséquences si elle leur est imposée : « Vous pourrez conclure un contrat avec une entreprise pharmaceutique liée à une compagnie d’assurance. L’objectif premier ne sera plus de vous traiter, mais de vous maintenir en bonne santé en vous aidant à choisir de bons aliments, à pratiquer un sport en adéquation avec votre morphologie, à vous connecter à de bons logiciels d’e-santé, etc. »

 

Que deviendra notre liberté dans ce programme ? Ne rêvons pas ! Nous serons tout bonnement des pions programmés qui n’auront plus de choix. Croire que notre patrimoine génétique puisse être ainsi corseté n’est rien moins que la remise en cause de nos droits de disposer de nous-même. Si votre alimentation sera contrôlée et vous interdira de devenir obèse, si vous serez contraints à pratiquer du sport trois fois par semaine, si on vous obligera à adopter telle méthode de contrôle de vos activités personnelles, votre vie deviendra un véritable ghetto. Ce programme est à coup sûr une remise en cause radicale de votre autonomie. Autant dire que d’une telle société personne ne voudra. Et c’est tant mieux.

 

François Gachoud

 

 

 

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